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¤Projection cinéma du film "Take shelter"

› Le 14/02/2012 à Saint Jean Chambre.
Film de Jeff Nichols (drame / USA / 2012 / 2h00 / V.O.S.T.), avec Michael Shannon, Jessica Chastain, Tova Stewart, Shea Whigham... Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

La fin du monde, grande affaire du cinéma contemporain, trouve en "Take Shelter" une de ses expressions les plus saisissantes, originales et pourtant élémentaires. Le film commence par une vision lancinante qui, par un simple mouvement de balancier, ne va cesser de revenir ébranler les certitudes d’un homme, en même temps que celles du spectateur. Curtis LaForche, un père de famille paisible, modeste ouvrier pour une société de forage, bon chrétien, bon mari, fait un cauchemar : il aperçoit, depuis son jardin, une tornade monumentale s’avancer inexorablement. A son réveil, la sensation de réel est si forte qu'il finit par se convaincre du caractère prémonitoire de ce rêve bientôt récurrent et décide, pour protéger sa femme et sa petite fille, de construire un abri au fond du jardin. Seul contre tous. Détail d'importance, il habite l’Ohio, État déshérité du Midwest dont les vastes plaines au ciel bleu figurent la plus terrifiante des prisons : sans rien pour entraver ce paysage immense, le danger peut venir de partout, de l’horizon ou de l’azur, du proche ou du lointain, de Dieu ou d’un chien ; seul le sous-sol pourrait constituer un abri ("shelter" en anglais), et encore. Ainsi, les grands espaces jadis synonymes de liberté et de puissance pour l’homme américain deviennent ici sa damnation. En quelques plans d’une beauté axiomatique, "Take Shelter" se déploie majestueusement, avec l’implacable tranquillité des grandes tragédies, et Jeff Nichols de s’imposer, après l’excellent "Shotgun Stories" en 2007, comme le plus grand espoir du cinéma américain, dans la noble lignée Ford-Cimino-Malick. On le comprend vite, l’Apocalypse n’est pas son sujet : c’est sous le crâne de LaForche que la véritable tempête fait rage. Les scènes proprement catastrophiques sont réduites à leur plus simple – mais terrifiante – expression, et plutôt que de chercher à concurrencer Hollywood sur son terrain spectaculaire, Nichols se rive au quotidien. Si la menace demeure abstraite, inscrivant le film dans une dimension cosmique, ses effets sont on ne peut plus concrets : de la consultation d’un psychologue à la visite bouleversante d’une mère schizophrène pour s’enquérir d’éventuels antécédents, de la honte d’un drap mouillé par la pisse à la crainte de ne pouvoir payer les traites à la fin du mois, les personnages sont englués dans des soucis quotidiens. Il faut insister sur cette qualité car, pour aussi déceptive qu’elle soit – le film ne vise nullement la sidération, il est plutôt de ceux qui obsède encore des jours après la projection –, elle est extrêmement précieuse. C’est parce que le film ne quitte jamais le terrain du réalisme – pas plus que le territoire réduit de sa petite communauté soudée – que ses visions, et notamment la dernière, sont à ce point terrassantes. 2012, année apocalyptique, pouvait difficilement mieux commencer.
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