¤Cinéma : "Les chats persans"
› Du 11/02/2010 au 12/02/2010
à Lamastre.
Au cinéma il y a des moments comme suspendus, hors du temps, touchés par la grâce. "Samson et Delilah", drame incandescent, intense et lumineux, est de ceux-là. A l'heure où les films se voient en 3D (et bientôt en numérique), c'est, au sens propre comme au sens figuré, un film "venu d'ailleurs". Un objet précieux.
C'est une réserve aborigène perdue au milieu du désert australien, quelques baraques en tôles écrasées sous le soleil et battues par les vents. Un univers désolé, peuplé de quelques formes humaines à la vie miséreuse et monotone. Les rapports humains y sont aussi secs que le désert qui les entoure, la parole y est rare et la violence sourde prête à exploser à tout instant. Parmi ces hommes, il y a Samson, jeune glandeur mutique vivant dans la baraque de son frère musicien, qui erre sans but chaque jour d'un coin à l'autre de la réserve. Un peu plus loin, il y a Delilah, une fille réservée et responsable qui s'occupe de sa grand-mère, la nourrit, lui donne ses médicaments. Rejetés par les leurs, Samson et Delilah vont se chercher, se tourner autour, se titiller, jusqu'à ce que le cours des événements, qui vient rompre la monotonie de ces vies tristes mais bien tracées, les pousse à se rapprocher, puis à s'enfuir…
Sans concession aucune, le premier film de Warwick Thornton impose son climat, son rythme, joue de la langueur et de la répétition, ose le silence comme mode de communication (les dialogues y sont rares), nous rappelant si nécessaire qu'il n'est nul besoin de longs bavardages pour dire beaucoup de choses. Abrupt et sans artifice, toujours sur la corde raide, cultivant un rapport au temps aux antipodes du cinéma frénétique en vogue, "Samson et Delilah" est ainsi une œuvre brute, intense, bouleversante, qui nous frappe en plein coeur. A ne pas manquer.